L’accompagnement social en logement, une hstoire qui s’écrit à 3

Chantal, locataire, Caroline, accompagnatrice sociale, et Aurélie, propriétaire, racontent chacune l’accompagnement en logement depuis une position différente. Leurs témoignages montrent les trois piliers de notre modèle : une locataire accompagnée, une professionnelle de l’accompagnement présente à ses côtés et une propriétaire soutenue dans la relation locative. C’est cette triangulation qui permet de construire une relation de confiance et de favoriser un maintien durable en logement.
Retrouvez ici l'intégralité de ces trois témoignages:
Témoignage de Chantal, locataire
1. Pouvez-vous nous raconter votre situation avant d’être accompagné par Habitat-Service ? Qu’est-ce qui vous a amené à demander ou à accepter un accompagnement en logement ?
J’étais d’abord en centre de migration pendant un an et demi, puis j’ai vécu seule dans un logement à Sainte-Marguerite. Après mon accident, je me suis retrouvée isolée et livrée à moi-même. Une dame m’a parlé d’une aide à domicile du Cripel ; elle est venue chez moi et a vu que j’étais dans une situation difficile : mon logement était au troisième étage et je ne pouvais plus monter ni descendre les escaliers. Le Cripel a contacté Habitat-Service et, assez vite, j’ai eu la chance d’obtenir un de leurs logements, surtout qu'il est au rez-de-chaussée. J’en avais besoin pour ma santé, mais aussi pour l’arrivée de mes trois enfants qui venaient du pays.
2. Quelles ont été les principaux objectifs et défis pour vous, que ce soit dans l’accompagnement ou dans l’installation dans votre logement ?
Avec l’aide et l’accompagnement du service, cela a été facile. Ils m'ont aidée pour me meubler, pour solliciter des dons, pour les habits des enfants ou l'aménagement des chambres. Au niveau de la santé, l’accompagnement m’a permis d’être épaulée, de comprendre le système, de rencontrer des assistantes sociales, de gérer les factures et les assurances. Je ne savais rien de tout cela avant.
3. En quoi l’accompagnement d’Habitat-Service vous a-t-il aidé concrètement ? Qu’est-ce qui a été le plus utile pour vous dans ce soutien ?
Tout... c’était vraiment un ensemble. C’est comme une famille descendue du ciel. Je me sens libre de parler de choses que je ne dis pas à ma famille ; ici, je peux me confier.
4. Comment vous sentez-vous aujourd’hui dans votre logement et dans votre situation ?
Je me sens bien, mes enfants aussi. Je me sens écoutée et épaulée.
5. Si vous deviez résumer en quelques mots ce que cet accompagnement a changé pour vous, que diriez-vous ?
Cet accompagnement a apporté ce dont j’avais le plus besoin : cela a participé à mon intégration totale en Belgique. Je suis reconnaissante.
Témoignage de Caroline, accompagnatrice sociale
1. En quoi consiste ton travail ?
Mon travail en tant qu’accompagnatrice sociale est très varié et combine travail de terrain, travail de réseau, partenariats et tâches administratives. Je suis référente pour une quinzaine de ménages aux profils divers (personnes isolées, mamans solos, familles) qui ont en commun des difficultés liées au logement. Mon rôle est de les accompagner vers plus de stabilité dans leur logement et dans leur quotidien, notamment en les aidant à sortir de l’urgence, à prioriser leurs démarches, à comprendre certaines procédures et à remplir des documents.
Je travaille également en collaboration étroite avec l’asbl Sans Logis, notamment avec la maison d’accueil « Sans Logis Hommes », où nous cherchons des solutions durables pour les résidents et animons des ateliers autour du logement.
Une partie de mon travail consiste aussi à assurer le suivi administratif des accompagnements (encodage, notes de suivi) afin de garantir la continuité du travail en équipe et de relayer les questions liées à l’état des logements gérés par l’ASBL.
2. Comment l’accompagnement en logement peut-il aider un locataire à retrouver une stabilité dans sa situation ?
L’accompagnement en logement a beaucoup de sens pour les personnes qui ont connu une rupture avec le logement. Lorsqu’elles accèdent à un nouveau logement, elles se sentent souvent dépassées et épuisées car tout est à reconstruire. Notre rôle est d’être à leurs côtés pour les soutenir dans leurs démarches et les aider à retrouver une certaine stabilité dans leur quotidien.
Certaines personnes ont connu beaucoup d’instabilité et ont déménagé à de nombreuses reprises. Au début, elles ont souvent du mal à se sentir bien dans leur logement. En travaillant sur la notion de stabilité et sur le fait de pouvoir se sentir « chez soi », elles finissent progressivement par s’y ancrer. Pour d’autres, la difficulté se situe davantage au niveau de l’autonomie : elles se sentent incapables de gérer seules certaines démarches. L’accompagnement est alors plus soutenu au départ, puis s’espace progressivement à mesure que des ressources et un réseau de soutien se mettent en place.
3. À quel moment peut-on considérer qu’il n’y a plus besoin d’un suivi régulier ?
Lorsque tout se passe bien. Nous voyons la personne et prenons le temps de discuter de tout et de rien, autour d’une tasse de café partagée. On sent plus de légèreté. La personne est à l’aise : elle nous montre un courrier et nous demande si elle a bien compris, ou elle nous explique les démarches qu’elle a effectuées d’elle-même.
À partir de ce moment, on sait et on ressent un apaisement. On peut partir tranquillement. Souvent, c’est compliqué de clôturer quand tout se passe bien. Pour nous, travailleurs, ce sont des moments agréables car un autre lien se crée et on peut découvrir les personnes autrement. Mais il faut savoir « lâcher ».
Quelquefois, nous savons que la personne ne pourra jamais être 100 % autonome, mais le réseau construit autour d’elle lui permet de savoir quand et qui activer selon sa difficulté. Alors, c’est gagné aussi : on sait qu’elle a des références et qu’elle ne laissera pas les problèmes traîner.
4. Qu’est-ce qui rend l’accompagnement en logement différent d’un autre type de travail social ?
Nous sommes directement dans le milieu de vie des personnes et dans leur intimité. Notre réalité et notre relation avec les personnes ne sont pas les mêmes qu’avec un autre travailleur d’un autre service.
Pour donner un exemple, lorsque je me rends aux Sans Logis Hommes pour mes ateliers, les travailleurs et les résidents se vouvoient, le rythme est différent et le travail est axé sur la mobilité des personnes : elles doivent chercher un logement. Pour nous, c’est différent, car nous les stabilisons en logement et nous visons la durabilité. Nous veillons dès lors à construire une relation de confiance avec les locataires.
L’assistant.e aocial.e du CPAS n’aura pas non plus la même relation avec le bénéficiaire. L’aide est contrainte : le bénéficiaire doit remplir certaines conditions pour l’octroi d’un revenu d’intégration sociale. Le travail est essentiellement administratif. Quelquefois, les assistants sociaux vont à domicile, mais leurs visites restent ponctuelles et n’ont pas le même sens que les nôtres.
5. Quels signes observes-tu sur le terrain qui montrent l’évolution de la crise du logement ?
Des loyers toujours plus chers. Des logements réservés aux étudiants ou à des travailleurs. Le patrimoine liégeois est assez vétuste et certains propriétaires semblent vouloir faire des économies de « bout de chandelle » : ils ne veulent pas rénover.
6. Si tu pouvais changer une chose pour améliorer l’accès ou le maintien dans le logement, laquelle serait-ce ?
De manière générale, je pense que le modèle Habitat-Service est un modèle innovant qui permet l’accès et le maintien durable en logement.
En effet, la majorité des Associations de Promotion du Logement ne prônent pas le maintien durable : elles font essentiellement du transit. Selon moi, il faudrait plus de patrimoine appartenant au public, prévoir de meilleures rénovations et plus de compréhension de la part des propriétaires sur l’essence même d’accéder à un logement décent.
Il faudrait aussi repenser le financement de nos associations et trouver un modèle économique plus viable que les appels à projets, un modèle qui dure dans le temps.
Je pense également que notre métier est essentiel, ainsi que l’agrément APL. Par contre, je pense aussi à toutes ces personnes qui n’ont pas forcément besoin d’un accompagnement social mais qui sont en galère parce qu’elles sont une famille nombreuse, parce qu’elles sont une famille étrangère ou parce qu’il y a une personne porteuse d’un handicap.
Notre modèle ne permet pas toujours l’accès à ces personnes qui n’entrent pas forcément dans les « cases ».
Témoignage d’Aurélie, propriétaire dans le cadre d’un bail glissant
1. Comment avez-vous découvert habitat-service ?
Suite à des mésaventures avec un ancien locataire, nous étions partagés entre l’idée de vendre notre bien ou de le remettre en location. J’ai donc cherché des alternatives à la location classique et, lors de mes recherches sur internet, je suis tombée sur Habitat-Service.
2. Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire appel à habitat-service pour la location de votre bien ?
La finalité sociale et l’accompagnement proposé nous ont particulièrement séduits. Permettre à des personnes de se reconstruire et de retrouver une stabilité est un enjeu important, qui le sera encore davantage dans les années à venir. La sécurité offerte par Habitat-Service, ainsi que le suivi proposé aux locataires et aux propriétaires, ont également été des éléments déterminants dans notre choix.
3. Selon vous, qu’est-ce qui distingue une location ou une prise en gestion avec Habitat Service d’une location classique ?
Le suivi et l’accompagnement font clairement la différence. La disponibilité de Monsieur Verhulst, les propositions de solutions lorsqu’une situation se présente, ainsi que la possibilité de faire appel à une équipe d’ouvriers pour intervenir en cas de besoin apportent une vraie valeur ajoutée et une sécurité supplémentaire pour le propriétaire.
4. Ce partenariat a-t-il changé votre regard sur les locataires issus de publics plus vulnérables ?
Ce partenariat n’a fait que confirmer les attentes et la vision que j’avais au départ. Avec un accompagnement adapté et un cadre structuré, il est tout à fait possible de créer une relation locative équilibrée et positive.
5. Qu’est-ce que l’accompagnement d’Habitat Service vous a apporté concrètement en tant que propriétaire ?
Cet accompagnement nous a permis de poursuivre la mise en location de notre bien avec davantage de sérénité. Nous avons également découvert certaines aides ou dispositifs que nous ne connaissions pas auparavant. L’expertise métier, les conseils et le soutien apportés par l’équipe offrent une réelle tranquillité d’esprit.
